Temps de Carême... Vivre avec le goût de l’Éternité !

Publié le par P. Olivier Sournia

Chers amis,

C’était il y a un an… A la veille de la retraite qui ouvrait le temps du Carême, nous prenions la décision d’annuler celle-ci, après le passage dans notre maison d’un couple revenant du nord de l’Italie, durement touchée par la première vague d’une épidémie inédite. C’était pour nous, décision de prudence, volonté de vous protéger… quelques semaines avant que de nombreux états du monde entier, dont le nôtre, n’établissent un « confinement ». Ce mot était jusqu’alors assez rare dans nos conversations… Il s’est haussé, depuis, à la première place du podium des mots les plus fréquemment utilisés.

Nous sommes alors entrés dans une réalité inconnue, marquée par la prise de conscience de notre vulnérabilité, tantôt accueillie dans la lucidité sur la fragilité de la condition humaine, tantôt rejetée dans un déni parfois ahurissant. Nous avons appris à vivre avec ce fin bouclier de tissu, appelé « masque », devenu l’élément incontournable d’un quotidien sous protection. Nous avons dû renoncer au langage spontané de nos corps : serrements de mains, embrassades et autres gestes d’affection… au profit d’autres signes concentrés dans l’intensité d’un regard, d’un ton de voix, d’une parole du cœur… Le langage même de nos relations en a été changé, trouvant entre frustration et crainte de contagion, l’interstice d’une créativité relationnelle. Beaucoup ont subi et subissent encore un isolement difficile à vivre, rappelant douloureusement que nous sommes faits pour vivre en relation. La crise initialement qualifiée de sanitaire est rapidement devenue, et semble-t-il pour un long temps, une crise économique et sociale, qui frappe une grande majorité de la population.

Cette épreuve marque également la vie de foi de nombre d’entre nous. Combien n’ont-ils pas exprimé leur manque de la Parole et de l’Eucharistie… J’ai souvent pensé à cette phrase célèbre des martyrs d’Abitène (4ème s.): « Sans le Jour du Seigneur, nous ne pouvons pas vivre ! ». Étant nous-mêmes pendant de longs mois – et aujourd’hui encore – dans l’impossibilité de vous accueillir pour partager notre vie et notre foi avec vous, nous avons cherché à garder le lien de la Parole, lien nourricier et primordial. Ce blog en est la concrétisation… en attendant de rouvrir nos portes.

Finalement, d’un Carême à un autre, dans une traversée qui semble frémir d’une issue encore lointaine, cette « crise du covid » nous conduit à nous interroger de manière essentielle : qu’est-ce qui tient vraiment ? qu’est-ce qui me fait vivre ? quel horizon attire ma marche quotidienne ? y-a-t-il quelqu’un qui me fait vivre ?... Si Jésus ne nous avait pas montré que chacun de nous est tenu pour toujours dans la main du Père, vivre aurait-il un sens si c’est pour finir dans le néant… ?

Souvent, le Carême est présenté comme un temps d’ascèse, de privations, d’efforts moralement louables… Il est bien rare qu’on en parle comme d’un temps de vie, d’abouchement à la Source, d’élargissement de nos espaces intérieurs, d’accueil heureux de la vie d’un Autre, de participation savoureuse à la Vie que Dieu donne en partage… Ne serait-ce pas cette vie que nos cœurs et nos corps brûlent de connaître, pour vivre ces temps de traversée avec le goût de l’Eternité ?

Sans aucun doute, le texte que nous vous proposons aujourd’hui vous mettra-t-il en appétence profonde, en cette période de « jeûne »… Dans cette prédication donnée en 2009, Roger nous introduit au goût vital de cet espace que Jésus désire en nous, pour l’accueillir et vivre de Lui. Ses paroles nous plongent dans le vif d’une expérience profonde : la sienne, qu’il concentre aujourd’hui en cette seule phrase de Jésus : « Restez avec moi » (Jn 15, 4). Oui, « la véritable ascèse, c'est de vivre et de faire vivre, c'est de recevoir et de donner. Cela, on ne peut le faire que lorsqu'on a quelqu'un dans le cœur ».

Très bon temps de Carême à chacun !

Olivier Sournia


 

Créer un espace pour accueillir l'autre...

Les événements qui se sont passés dans la durée de la vie de Jésus-Christ, ce sont aussi les événements de notre vie. Il a tout pris de nos existences, de notre condition humaine avec tout ce qui s'y vit, y compris la mort et toutes les formes de mort avant qu'on ne meure définitivement. Nos vies sont traversées par des moments où les choses surgissent et puis s'effondrent, jusqu'au moment où il y a cet effondrement qu'est la mort, où le destin de chaque homme apparaît finalement comme un horizon qui se referme. Il y a avant, et puis après on ne sait pas… [Lire la suite...]

 

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