Pâques : Marie-Madeleine s'ouvre à l'intimité d'une Présence nouvelle…

Publié le par P. Florin Callerand

Au matin de Pâques, c'est Marie-Madeleine qui arrive la première au tombeau et qui s'en va stimuler Jean et Pierre qui viennent ensuite faire le constat du tombeau vide, Jean commençant à découvrir que, si le tombeau est vide, c'est que Christ est peut-être passé en lui… Et c'est pourquoi, ayant vu le tombeau vide par l'entrée, il ne pénètre pas dedans, vraiment ce n'est pas la peine ! Tandis que Pierre, tête baissée, entre dedans pour faire les constats du suaire et des bandelettes.

 

Et Madeleine revient. C'est alors qu'il y a cet échange entre elle et le Seigneur. Ce n'est pas drôle de s'adapter à un Ressuscité quand on a vécu avec lui plusieurs années où il n'était pas ressuscité ! Posez-vous la question objective, expérientielle ! C'est quand même fantastique de vivre avec Jésus, de l'entendre, de voir ce qu'il fait, de lui poser des questions… Vous devinez un peu le charme qu'il pouvait y avoir à être disciple de Jésus : emboîter le pas derrière lui, assister à ses causeries, voir comment il rayonnait d'Esprit Saint ! Et puis, il y avait des gens qui étaient délivrés, convertis, trouvant au fond de leur cœur le sens de leur vie et qui se posaient les questions essentielles… Ce n'était plus après comme avant ! Vous vous rendez compte : deux ans ou trois ans de compagnonnage entre Marie-Madeleine et Jésus !

 

On sait aussi que Marie, la mère de Jésus, accompagnait, suivait ‑ Jean nous fait une inclusion absolument certaine dans son évangile ‑ Marie après Cana ne retourne pas à Nazareth, elle emboîte le pas, et elle suit. Et on la retrouve au pied de la Croix, le long de la Croix : l'inclusion est bouclée à la façon de saint Jean. Donc ça veut dire que Marie était présente le long de la vie de Jésus. Non pas nécessairement à tous les points et tous les détails, mais elle était avec. Elle n'est pas retournée au point de départ, elle a émigré de Nazareth. Nazareth était dépassé, c'était un commencement. Elle est partie avec…

 

Et Marie donnait un certain ton  dans sa façon de regarder et d'écouter Jésus, cette passion qu'elle avait pour lui ! Bien sûr qu'elle lui a appris des quantités de choses, ne serait-ce qu'à marcher et à parler… Oui mais, après, elle en a appris de lui au-travers de ce qu'il disait, de ce qu'il montrait : la révélation était en cours ! La vie de son enfant disait à Marie des secrets sur le Dieu invisible dont elle était étreinte, mais qu'elle ne voyait pas. Marie progressait sans cesse en connaissance et en expérience de ce Dieu-Père dont elle recevait le Fils. Quel bouleversement tout du long de la vie de Marie !

Quand elle écoutait les paraboles, écoutait et voyait les enseignements de Jésus et que les disciples la regardaient écouter, et que Marie-Madeleine la regardait écouter, vous devinez le ricochet que cela faisait ! Marie était passionnée par Jésus d'une façon invraisemblable.

 

Vous pensez bien que, chez Marie, il devait y avoir un autre étonnement : la révélation translucide, transparente, diaphanique du Dieu invisible qui l'étreint intérieurement et qui, dans le Fils à qui elle a donné chair, lui révèle le Dieu invisible ! Vous l'avez dans le Prologue de saint Jean : "Dieu, nul ne l'a vu, mais un Fils, lui qui est face-à-face avec le Père, est venu nous le mettre en parole, nous le faire entendre, nous le faire voir !". C'est la Révélation et Marie est au premier rang de cette révélation.

 

Marie-Madeleine voit comme Marie, mais en plus, elle voit Marie voyant ! Quand il y a double médiation, c'est quand même beaucoup plus fort que lorsqu'il n'y a que simple médiation ! La fréquentation de Marie, c'est quelque chose de fantastique ! Si vous la fréquentez, le bouleversement qui l'a saisie va vous saisir aussi.

 

Il est certain que Marie-Madeleine, vraisemblablement la pécheresse du chapitre sept de l'évangile de saint Luc, c'est celle-là qui est le long de la Croix avec Marie, et aussi celle-là qui, au matin de Pâques, a la première révélation de la résurrection de Christ ! Elle croit que c'est comme avant, que Christ va lui parler… Alors elle se précipite ! Disons le mot, elle a une "hallucination" ! Bien sûr ! Quand on aime quelqu'un si fort, même s'il n'est pas là, on en voit la forme : "J'ai cru qu'il était là !".

 

Si vous voulez entrer dans le mystère de la Résurrection, c'est au travers d'analogies, de métaphores, de paraboles que vous pouvez y pénétrer. C'est pourquoi, bien sûr, Marie-Madeleine essaie d'attraper Jésus par les pieds pour le retenir, afin que ce soit 'après' comme 'avant'. Alors Jésus lui dit - non pas comme dit la mauvaise traduction de la Vulgate : "Ne me touche pas !" mais - : "Ne me retiens pas, car je suis en train de passer en montant vers mon Père !". Il entre dans la gloire, et il donne à ses disciples, qui avaient l'habitude de vivre sensiblement avec lui, un temps intermédiaire de pédagogie pour apprendre.

 

"Ne me retiens pas, je suis en train de monter vers le Père !". Et Jésus donne, je ne sais comment, un quelque chose qui est encore sensible. Marie-Madeleine voudrait que ce soit toujours sensible comme avant. Et Jésus lui dit : "Arrête, ne me retiens pas ! Ça va devenir tout intérieur. Cette "hallucination" que tu as maintenant, au matin de Pâques, tu ne l'auras déjà plus ce soir, et demain, il n'en sera plus question du tout ! Et tu vivras dans l'intimité de ma Présence nouvelle. Tu en auras la preuve, parce que ça ne sera plus comme avant, quand j'étais extérieur à toi  et te disais des paroles chaudes, des paroles formidables, des paroles enthousiasmantes, et qui t'entraînaient… Magnifique ! Mais quand je te les dirai par le dedans, et que j'y ajouterai mon souffle d'Esprit Saint, alors tu verras ce que ça donne !".

 

Et c'est pourquoi on appelle Marie-Madeleine "Apostola apostolorum", "l'Apôtre des apôtres". C'est elle qui, équipée ainsi par cette expérience de Christ en elle, devient la réveilleuse de la foi, en Pierre, en Jean et dans les autres.

 

 

P. Florin Callerand,

Vendredi 31 octobre 1997

 

"Christ est ressuscité des morts !", CD Tissage d'or 5 (Communauté de la Roche d'or)